Le Brésilien Embraer prêt à céder aux avances de Boeing

04/07/2018 | L’echo

Le rapprochement qui se profile entre le géant nord-américain et le constructeur brésilien est destiné à contrer le partenariat Airbus-Bombardier.

Le rapprochement entre Embraer et Boeing se précise: le géant aéronautique nord-américain et le constructeur brésilien sont bel et bien en « discussions avancées » pour une alliance dans le secteur civil, a concédé un responsable d’Embraer, suite à de nouvelles informations faisant état d’un prochain mariage.

Cela fait des mois que des indiscrétions circulent sur un éventuel rapprochement, qui se heurtait jusqu’ici à l’avenir des activités militaires d’Embraer, sur lesquelles le gouvernement brésilien entend conserver un droit de regard.

Selon les dernières informations disponibles, le schéma en passe d’être approuvé prévoirait une association entre les deux groupes au sein d’une coentreprise, placée sous le contrôle de Boeing et avec une participation minoritaire d’Embraer. Une entité séparée détenue intégralement par Embraer serait mise sur pied pour reprendre la division d’appareils militaires du constructeur brésilien.

Lors de l’annonce en décembre de discussions entre les deux parties, le gouvernement brésilien avait indiqué qu’il n’accepterait pas un tel mariage si son champion national devait perdre le contrôle de son pôle militaire, qui fabrique notamment des avions d’entraînement et de transport. Quand Embraer a été privatisé en 1994, le gouvernement brésilien a maintenu une « action privilégiée » (golden share) qui lui donne le pouvoir de décision sur la stratégie du
groupe.

Troisième constructeur mondial avec près de 6 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 16.000 employés, Embraer est un des joyaux industriels du Brésil avec non seulement une gamme d’avions civils, militaires, mais encore de jets d’affaires.

La prise de contrôle des avions de ligne d’Embraer permettrait à Boeing de compléter son portefeuille en y ajoutant des appareils plus modestes d’une capacité allant jusqu’à 150 sièges et de regagner du terrain dans le segment des moyen-courriers face à Airbus, qui a noué un partenariat stratégique avec le Canadien Bombardier portant sur les avions C-Series. La clôture de ce partenariat a été officialisée dimanche, permettant à l’avionneur européen de proposer une gamme de monocouloirs de 100 à 240 sièges.

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Brésil: le soja conquiert les savanes du Cerrado

08/07/2018 | L’express

Luis Eduardo Magalhães (Brésil) – Quand il s’installe dans l’Ouest de l’État de Bahia, à la fin des années 1980, Júlio César Busato fait le pari de réussir à faire pousser du soja dans l’une des zones les plus sèches du pays, la savane brésilienne, le Cerrado.

La savane couvre presque en totalité la région dite du Matopiba, une zone de 73 millions d’hectares – soit un peu plus de deux fois l’Allemagne – à cheval sur les États du Maranhão, du Tocantins, du Piaui et de Bahia, dont elle reprend les initiales.

A l’époque, la culture de soja vient d’y être lancée. Entre 1988 et 2008, sa production passe de 418.400 tonnes à 5,7 millions de tonnes et dépasse les 10 millions de tonnes en 2015.

Répondant aujourd’hui à près de 10% de la récolte nationale de céréales et oléagineux, la région comprenant le Matopiba doit continuer à se consolider et la production devrait encore augmenter de 29 à 60% sur les dix ans à venir, selon les projections du gouvernement brésilien.

– Terres disponibles et bon marché –

Ces perspectives sont prometteuses pour le Brésil, premier exportateur et deuxième producteur mondial de soja, derrière les États-Unis.

Le pays pourrait dépasser le géant américain dès l’année prochaine, notamment grâce aux bons résultats de l’Ouest de Bahia, qui, après une grave période de sécheresse, a atteint en 2017 un volume de production record et un niveau de productivité de 62 sacs par hectare, supérieur à la moyenne nationale.

« Quand je suis arrivé, l’hectare était près de cent fois moins cher que dans ma région natale« , explique à l’AFP Júlio César Busato, chemise blanche enfilée dans un pantalon en jean et panama vissé sur la tête, la tenue classique des agriculteurs du sud du Brésil.

A l’époque, ce fils de petits producteurs de soja du Rio Grande do Sul, tout juste diplômé en agronomie, comprend qu’à moyen terme, sa famille ne pourra pas prospérer avec l’exploitation parentale et qu’il leur sera difficile d’acheter de nouvelles parcelles sur place.

Une fois à Bahia, il commence par louer un domaine et plante 880 hectares de soja, une surface dix fois plus grande que dans sa ferme du Sud.

Trois ans plus tard, il acquiert 2.300 hectares de terres pour lancer sa propre exploitation et est très vite rejoint par ses frères et ses parents. Comme eux, à partir des années 1970 et surtout des années 1980, des centaines d’éleveurs et d’agriculteurs du sud du Brésil vendent leur petite propriété pour tenter l’aventure dans ce nouvel eldorado, encouragés par les pouvoirs publics.

« Nous nous sommes enfoncés dans la savane. Il n’y avait ni eau courante, ni électricité et donc pas de téléphone ni de réfrigérateur. La ville la plus proche était à six heures de route de notre ferme« , se souvient Júlio César Busato, rencontré à Luis Eduardo Magalhães, à 500 km au nord de Brasilia.

– Transformation du sol –

Berceau des principaux fleuves du pays et doté de sols plats et profonds, la zone offre des conditions excellentes pour l’ouverture de champs immenses et l’exploitation agricole mécanisée et irriguée. Quant au climat, des périodes sèches et des pluies normalement bien définies permettent d’obtenir deux récoltes par an, en particulier de maïs.

« Mais la terre était de mauvaise qualité. Nous avons dû créer notre propre méthode de production, apprendre à préparer le sol pour qu’il soit homogène et choisir les bonnes variétés de semences, le bon fertilisant. Sans transformation du sol et sans technologie, nous n’aurions rien pu produire« , affirme l’agriculteur.

Les efforts de celui qui est considéré comme l’un des pionniers de la région finissent par porter leurs fruits: aujourd’hui, Júlio César Busato, par ailleurs président de l’Association bahianaise des producteurs de coton, est à la tête d’un empire agricole millionnaire qui emploie plus de 500 personnes et compte 41.000 hectares, dont 23.000 ha de coton et 14.000 de soja.

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