Pourquoi Renault et PSA sont à l’offensive en Amérique du sud

11/05/2018 | Challenges

Citroën C4 Cactus et Dacia Dokker sont en cours d’industrialisation, respectivement au Brésil et en Argentine. Très forts historiquement en Argentine, les constructeurs tricolores se sont tardivement implantés au Brésil où PSA est à la traîne. Mais les projets sont légion.

Citroën C4 Cactus au Brésil, Dacia Dokker en Argentine. Sur la sellette en Iran où leurs investissements sont menacés par les sanctions américaines, PSA et Renault se montrent très offensifs en Amérique latine ! Citroën a ainsi annoncé cette semaine l’industrialisation de sa berline compacte C4 Cactus dans l’usine brésilienne de PSA à Porto Real (Etat de Rio). Pour une commercialisation sur place au second semestre. Le modèle a été adapté aux goûts locaux, avec un côté pseudo-baroudeur souligné par les passages de roues renforcés, les barres de toit. Renault vient pour sa part de dévoiler son Kangoo latino-américain. Il s’agit d’un Dacia Dokker, restylé et rebaptisé, mis en production en Argentine, à Santa Isabel (près de Cordoba, 700 kilomètres à l’ouest de Buenos Aires). L’arrivée du Dokker alias Kangoo est d’ailleurs l’une des pièces maîtresses du plan de 800 millions de dollars d’investissements, annoncé en 2016 par Renault en Argentine. Santa Isabel produira par ailleurs, dès septembre-octobre 2018, le gros pick-up Renault Alaskan ainsi que ses frères Nissan Navara et Mercedes-Benz Classe X. A destination de toute l’Amérique du sud.

Nouveaux modèles PSA en 2019

Pour PSA, la grande année en Amérique latine sera toutefois… 2019. Lors d’une grande cérémonie officielle avec Mauricio Macri, président de la République argentine, Carlos Tavares avait donné le coup d’envoi, en mars 2017, de la refonte industrielle du site PSA de Palomar (banlieue de Buenos Aires). Le président de PSA veut faire de cette vieille usine le fer de lance de la nouvelle génération de voitures que le constructeur français produira dès 2019 sur la toute nouvelle plate-forme des petits véhicules « CMP » du groupe. Pour la première fois chez PSA, l’Amérique du sud et l’Europe industrialiseront quasi-simultanément une même plate-forme. Cette « CMP », qui sera inaugurée en début d’année prochaine en France avec la DS3 Crossback, sera également introduite dans l’usine brésilienne de Porto Real. PSA a carrément annoncé seize lancements de nouveaux véhicules en Amérique du sud entre 2017 et 2021.

Dans la région Amérique latine, les ventes de Renault étaient en augmentation de 10% l’an passé à 389.500 unités (Sandero, Logan, Duster, Captur…) grâce notamment à l’introduction fin 2016 de la Kwid à très bas coûts dans l’usine brésilienne de Sao Jose dos Pinhais (près de Curitiba, sud-sud-ouest du pays). PSA a de son côté augmenté de12% ses ventes dans la région, à 206.000 exemplaires (Peugeot 208, l’ancienne 308 et un dérivé long 408, la vieille Citroën C3 et le minispace C3 Aircross d’ancienne génération ainsi que les utilitaires Peugeot Partner et Citroën Berlingo de première génération).

Forte présence historique en Argentine

Renault et Peugeot sont présents depuis très longtemps en Argentine. Renault y a notamment racheté au milieu des années 60 la société locale IKA (qui produisait des Jeep et des modèles d’American Motors). Il a fabriqué sur place des Dauphine, R4, R6, R12, R18, R9 et 21 ainsi que des coupés Fuego, sans parler des Jeep et des Torino, une grosse berline d’American Motors restylée pour le marché local. Peugeot a démarré pour sa part la fabrication des 403 en Argentine dès le début des années 60, relayées ensuite par les 404, 504, 504… Citroën a produit, toujours en Argentine, des 2CV, Ami 8 et Méhari.

Mais, s’ils ont parié très tôt sur ce pays, un marché de 642.600 voitures neuves l’an passé, les Français ont longtemps négligé le Brésil, premier marché sud-américain (1,85 millions de voitures particulières en 2017), et de loin. Renault n’a inauguré qu’en 1998 son usine brésilienne. L’usine PSA n’a été ouverte, elle, qu’en 2000. Résultat : les constructeurs tricolores sont bien placés en Argentine. Renault détenait l’an dernier 12,8% du marché (utilitaires légers compris), PSA 11,6%. La Renault Sandero est le deuxième modèle le plus vendu, tous véhicules confondus Au Brésil, les marques hexagonales sont en revanche bien loin derrière les constructeurs historiques comme Volkswagen, Fiat (devenu FCA), GM (marque Chevrolet) et, dans une moindre mesure, Ford. Renault y occupe 7,9% du marché (hors utilitaires, en 2017), PSA 2,6% seulement avec Peugeot et Citroën. La première française est la Renault Kwid à la cinquième place. Après des années de lourdes pertes, les deux constructeurs réalisent toutefois des profits dans la région.

(…)

Conquérir les renouvelables au Brésil, tentant mais pas si facile…

12/05/2018 | Usine Nouvelle

Champion de l’énergie hydroélectrique, le Brésil veut maintenant développer d’autres énergies renouvelables, notamment le solaire. Et cherche des investisseurs.

Les énergies renouvelables ont, à nouveau, le vent en poupe au Brésil. Alors que le mix électrique du pays est déjà à 82 % renouvelables, dont 64,8 % d’hydraulique, 7,5 % d’éolien et – particularité locale – 8,8 % de biomasse, le gouvernement a un plan 2016-2026 d’installation de plus de 35 GW de nouvelles capacités de production d’électricité renouvelable hors hydroélectrique. Le potentiel de ce dernier étant quasi saturé. La bataille est forcément rude pour profiter de ce nouvel Eldorado. Le 4 avril, dans le cadre d’une enchère fédérale, EDF Renewables (le nouveau nom d’EDF Énergies nouvelles à l’international) a remporté un contrat de fourniture d’électricité de long terme pour quatre parcs éoliens d’une capacité de 114 mégawatts. Le prix de vente de l’électricité, négocié pour vingt ans auprès de 17 distributeurs brésiliens, a été fixé à 67,6 reals le MWh, soit 16,50 euros le MWh. Un record à la baisse ! Aux enchères de décembre 2017, l’éolien s’était négocié à 25 euros le MWh. En France, il est à 82 euros.

La course à l’éolien

Pour arriver à tenir ce niveau de prix, EDF a profité d’un effet de la récession. Le gouvernement fédéral n’ayant lancé aucun appel d’offres dans les énergies renouvelables durant deux ans, le carnet de commandes des usines des fabricants de turbines comme Siemens Gamesa et Vestas s’est vidé. « Les différents fabricants ont baissé les prix dans la perspective de remplir leur usine. Cela a été un élément essentiel sur ces enchères », explique Paulo Abranches, le directeur d’EDF Renewables Brasil. Le Français évoque aussi l’amélioration des conditions de financement « avec des taux qui ont un peu baissé » et la possibilité de commercialiser de l’énergie sur le marché libre. Il l’a déjà fait sur son site Ventos de Bahia, situé à 350 km de Salvador dans l’état de Bahia, où EDF exploite 66 MW d’éolien depuis 2017, suite à une acquisition. C’est là qu’il va développer les nouveaux parcs dont la mise en service est prévue en 2021. Car le nord-est du Brésil bénéficie de conditions exceptionnelles pour l’éolien, avec des vents forts et réguliers. Depuis huit ans, il attise les convoitises. Mais c’est l’acteur local CPFL Energia, racheté par le chinois State Grid en janvier 2017, qui domine le marché avec 1,3 GW d’éolien en fonction et 9,5 % des capacités renouvelables du pays (hors hydroélectrique).

Ce record du prix pour l’éolien brésilien – l’italien Enel a fait encore mieux au Mexique avec 17,70 dollars (14,90 euros) par MWh en novembre 2017 – pourrait être une limite basse. « Nous ne sommes pas allés au bout des enchères d’avril, les volumes demandés étant anormalement petits et la concurrence très forte », remarque Sébastien Clerc, le PDG de l’opérateur renouvelable intégré français Voltalia, présent au Brésil depuis douze ans [lire page 36]. Un autre énergéticien français, Engie, très actif au Brésil, n’a quant à lui, pas participé du tout à cette enchère, tant la concurrence est rude. Il préfère miser sur l’autoconsommation, moins convoitée car émergente. En mars 2018, la part de la production décentralisée d’électricité au Brésil n’atteignait que 0,2 %. Mais dans un pays où ce sont les particuliers qui payent l’électricité le plus cher, les opportunités sont grandes. Engie l’a compris et a acquis il y a un an 51 % du plus grand installateur de solaire sur toiture du marché, GD Brasil Energia Solar, pour 24,28 millions de reals (6 millions d’euros). Il a depuis installé près de 7 MW de toitures solaires en un an. Et le marché explose.

Production locale contre financement national

Les capacités d’électricité solaire ne représentent aujourd’hui que 0,6 % des installations de production électrique au Brésil (166 GW). Ce sont elles que veut développer le gouvernement fédéral. Pour preuve, lors de l’enchère d’avril 2018, sur les trente-neuf projets retenus, pour une capacité totale de 1 024 MW, le solaire a largement dominé l’appel d’offres avec vingt-neuf projets (807 MW), à un prix moyen de 29 euros par MWh, 62 % en dessous du prix plafond. La biomasse ne raflait que 62 MW à 48,50 euros et la petite hydroélectrique 42 MW à un prix similaire.

Reste que développer du solaire au Brésil n’a rien d’une promenade de santé. « Pour obtenir des prêts de la banque de développement brésilienne (BNDES), il faut acheter localement ses principaux équipements. Or il n’y a pas vraiment d’industrie du solaire au Brésil. Et les appels d’offres solaires ont été jusqu’à présent plus concurrentiels, et donc moins attractifs, que l’éolien », explique le PDG de Voltalia, qui n’installe du solaire que pour les sites isolés. EDF Renewables, lui aussi, a tenté sa chance. Dans l’état du Minas Gerais, en partenariat avec le fabricant de cellules photovoltaïques Canadian Solar et le constructeur grec Biosar, il finit de construire la centrale de Pipapora, qui sera, d’ici cet été, la plus grande centrale solaire d’Amérique latine avec ses 399 MW, dont 284 MW sont déjà en production. Un pari risqué ! Si la première tranche a pu bénéficier d’un prêt de BNDES, grâce à la production locale des panneaux canadiens, le financement des deux autres tranches n’était pas encore bouclé en mars 2018. Or, avec le chinois BYD, Canadian Solar est le seul à produire des panneaux photovoltaïques au Brésil. « Le prix des panneaux locaux est plus élevé et plomberait la rentabilité des nouveaux projets », observe Paul Abranches. De plus, si ce n’est pas l’espace libre et ensoleillé qui manque au Brésil, « le problème est de trouver un emplacement à proximité d’une ligne de transport et d’une station de connexion avec le réseau », insiste le directeur d’EDF Renewables Brasil.

Des freins qui expliquent pourquoi le Brésil cherche toujours à attirer des investisseurs étrangers. Et pourrait rejoindre l’Alliance solaire internationale, qui vise à mobiliser plus de 1000 milliards de dollars d’ici à 2030 pour développer plus de 1 000 GW de capacités solaires dans les 121 pays situés entre les deux tropiques. Mais rien n’est fait.

(…)

Voir l’intégralité de l’article